samedi 31 décembre 2016

Le tambour dans les armées du roi de France : Partitions et usages (1)

Ces travaux reposent sur les archives du duc de Guise conservées à la bibliothèque du musée de l’armée et sur de réguliers entretiens avec quelques rares spécialistes. Nous reprenons le terme de céleustique employé par le général Bardin pour distinguer le répertoire des musiciens d’ordonnance de celui des musiciens d’harmonie. En effet, la confusion entre les deux répertoires est une des raisons de la méconnaissance de l’histoire de la transmission des signaux d’ordre dans les armées.

Pour étudier les répertoires anciens du tambour militaire français, nous diviserons la période concernée en 4 temps correspondants aux quatre principales partitions qui sont parvenues jusqu’à nous. 1. Le temps de la marche (partition de Thoinot Arbeau), 2. Le temps des signaux (partition du Père Mersenne), 3. Le temps des marches (partitions de Philidor), 4. Le temps du règlement (partition de Bombelles). Une 5e partie hors des temps abordera les partitions des mousquetaires.

1. Le temps de la marche : la partition de Jehan Tabourot[1] (1589).
1.1. Les origines du tambour militaire sont suisses.
On connaît l’usage des percussions dans les anciennes armées asiatiques et orientales (chinoises, coréennes, japonaises ou ottomanes). Mais les Suisses sont les premiers militaires occidentaux à introduire l’usage du tambour portatif dans l’infanterie pour cadencer le pas. Rompant avec les usages militaires de leur temps et ceux de l’antiquité, ils empruntent les instruments des montagnards, le tambourin et le galoubet. La supériorité des fantassins suisses en fait des modèles pour toutes les armées européennes alors en pleine mutation au sortir du moyen-âge.
Louis XI avait déjà appelé des Suisses pour former son armée en 1480. Charles VIII avait quatre énormes tambours lors de son entrée dans Florence en novembre 1494. Une décision[2] de Louis XII en 1508 organisant les bandes de soldats indique que chacune avait des tambourins et des fifres dont le nombre variait suivant la fantaisie du capitaine qui les payait. C’est François Ier en réorganisant son infanterie qui solde le tambour et le fifre en 1534[3]. Le roi veut pouvoir affronter les tercios espagnols, alors la meilleure infanterie d’Europe. Pendant les guerres de religion, de nombreux régiments sont levés puis dissous, seuls les “vieux” sont conservés (gardes françaises, Picardie, Piémont, Navarre, Champagne et Normandie).

2. L’Orchésographie, fournit la première partition de tambour militaire.
Quand Henri IV monte sur le trône en 1589, l’infanterie française compte cinq régiments, les quatre vieux et les gardes françaises.
Nous disposons de très peu d’informations sur l’usage du tambour et du fifre dans les régiments, pas plus que sur le répertoire des signaux employés. Comme les signaux de trompette utilisés dans la cavalerie, il existait des signaux dans l’infanterie. Ils sont à peine évoqués dans l’Orchésographie, le premier ouvrage qui fournit des partitions de tambour militaire. Ces batteries servent de « fignes & aduertiffements aux foldats, pour defloger, marcher, fe retirer […] ». L’Orchésographie ne donne pas les noms des batteries d’ordonnance en usage, mais fournit des indications sur les pas utilisés. Arbeau décrit les pas des soldats français en les accompagnant d’une partition dans laquelle on reconnaît le thème de la marche françoise que l’on retrouvera chez Mersenne et Philidor. Nous trouvons aussi une partition pour la marche des Suisses, mais si elle n’a pas de correspondance avec celle de Philidor, elle montre néanmoins l’importance qu’avaient ces régiments étrangers au sein de l’armée royale.
La présentation du répertoire en service donnée par l’Orchésographie révèle que les batteries sont utilisées pour la marche et pour cadencer le pas et qu’elles ont aussi un rôle d’identification puisque les Suisses ont leur propre batterie.



[1] Sous le pseudonyme de Thoinot Arbeau, chanoine de Troyes, compositeur et écrivain (Dijon, 1520 ­– Langres, 1595).
[2] Belhomme, Histoire de l’infanterie, Lavauzelle, Paris, t. 1, p. 141.
[3] L’institution des légionnaires au royaume de France, leurs privilèges, gages et équipage, et le devoir de leur charge. Du 24 juillet 1534. SHD GR1 X1.

mercredi 14 décembre 2016

Céleustique US

Aux Etats-Unis, on sait mettre à disposition les documents importants. Voici les principaux règlements concernant la céleustique militaire regroupés sur un site ICI. Tous numérisés en Pdf et téléchargeables, un modèle du genre. 
Ces travaux sur les répertoires de la céleustique US avaient d’abord été réalisés par le professeur Raoul Camus et publiés dans son livre Military Music of The American Revolution, The University of North Carolina Press, 1976, 218 pages. Il avait aussi réalisé un inventaires des documents concernant la céleustique des armées européennes. Il fait partie des animateurs de l’Association Internationale de Recherche et de promotion de la musique à vent (IGEB) qui organise un séminaire annuel d'un grand intérêt ICI.
Un travail comparatif entre les différents répertoires des protagonistes de la Guerre d'indépendance avait été publié en 2012 :
Chants et musiques des combattants de la guerre d’indépendance américaine, Thierry Bouzard, Muller édition, 178 pages.
Outre les répertoires de signaux, il proposait ceux des musiques et des chansons des soldats US, comme des anglais, français, allemands, espagnols ainsi que des guerriers indiens. Car les sons occupent l’espace sonore sans tenir compte des frontières et des fronts. Ainsi les musiques sont aussi des moyens de communication et peuvent être des agents d'influence.

Tous les travaux sur les signaux sonores militaires ne peuvent débuter que par l’inventaire et l'étude des textes règlementaires. En France, un retard certain a été pris, mais les documents sont disponibles dans les archives et commencent à être connus grâce, notamment, à l’inventaire des archives du Duc de Guise disponible à la bibliothèque du musée de l’Armée.

mercredi 7 décembre 2016

La Marseillaise est toujours à redécouvrir

Le magazine Chemin de mémoire ICI vient de publier un historique de la Marseillaise rédigé par l’auteur de ce blog. On y trouve quelques informations originales, notamment l’épisode oublié de la condamnation de Sellenick en 1878. C’est probablement la seule condamnation d’un chef de la musique de la Garde républicaine. Il se voit infliger un blâme sévère par le colonel commandant la Garde 
« pour avoir fait jouer la Marseillaise […] à l’occasion de l’inauguration de la statue de la République au Champ-de-Mars, sans en avoir reçu l’ordre d’une autorité militaire ».
Le motif de cette interdiction renvoie à la signification attribuée à ce chant depuis le 1er Empire :
« Sans parler de la signification politique qu’on pourrait lui prêter, ce qu’il importe d’éviter pour tout ce qui touche à l’armée, le chant de la Marseillaise, fait pour le temps de guerre, ne convient pas actuellement à l’armée, puisque nous sommes et que nous voulons rester en paix avec le monde entier ».
La Rue Montorgueil, Claude Monet, 1878.

Le chant était considéré comme séditieux depuis le Premier Empire. Sellenick le savait et a évidemment agit en concertation avec les organisateurs de l’événement. C’est juste après l’inauguration de la 3e exposition universelle, le 1er mai précédent. Le 30 juin 1878 veut fêter « la paix et le travail » et la journée débute par l’inauguration de l’œuvre républicaine de Clésinger. Signe de l'importance de la journée, les fenêtres des rues parisiennes sont pavoisée et inspirent Monet qui peint sa célèbre toile de La Rue Montorgueil
Cette condamnation ne va pas affecter la brillante carrière de Sellenick, le compositeur de la célèbre Marche indienne. Le ministre de la Guerre, le général Farre, lui commande un pas redoublé pour la fête du 14 juillet 1880, le premier depuis la Révolution, c’est la Marche aux drapeaux. S’il n’est pas nommé au grade de capitaine comme certains l’avaient suggéré, il faut y voir l’état du statut de chef de musique à l’époque plutôt qu’une réminiscence de l’affaire. Wettge, son successeur à la tête de la musique de la Garde, terminera aussi son service au grade de lieutenant en 1893. L’assimilation au grade de capitaine ne sera permise pour les chefs de musique qu’avec la loi du 7 avril 1902. La Marseillaise est devenue hymne national le 14 février 1879.
On constate qu’en 1878, la date de la fête nationale n'est pas encore fixée. Sollicitée à propos du 14 juillet, l’armée émet quelques réserves car cette date commémore la mutinerie des gardes françaises, le pillage d’un arsenal militaire pour armer des émeutiers, la prise d’une forteresse et le massacre de sa garnison. Pas vraiment de bons souvenirs pour les militaires.

Le numéro de Chemin de mémoire a été remis aux participants du colloque tenu à Balard sur la Marseillaise le 02/12/2016. Les interventions seront publiées dans un numéro de la Revue historique des armées en 2017. Le colloque a été clôturé par un concert donné par le quintette de la musique du 43e RI de Lille. Les participants ont donc pu entendre la Marche d’Assuerus de Grisons, tirée de son oratorio Esther. Déjà donné en janvier dans la cathédrale des Invalides par la musique principale de l’armée de terre, dans une harmonisation de son chef de musique Jean-François Durand, ce morceau méconnu donne le thème de la Marseillaise, bien qu’il soit antérieur à la Révolution. Par contre, la partition de Viotti, qui donne aussi ce thème et qui remonte à 1781 ICI, n’avait pas été retenue.

mardi 18 octobre 2016

Une thèse sur la musique militaire

Fruit de plusieurs années de recherche et de travail, ma thèse sur la musique militaire française au XIXe siècle a été soutenue devant un jury de l'université de Picardie. Il était composé des professeurs Xavier Boniface (université de Picardie Jules Verne), Jean-Noël Grandhomme (Université de Lorraine-Nancy), Sophie-Ane Leterrier (université d'Artois), Philippe Nivet (Université de Picardie Jules Verne) et de Jann Pasler Distinguished Professor of the California University (San Diego). 
Les remarques et critiques des professeurs, les débats et discussions qui ont suivi devraient faciliter la publication de ces travaux qui sont la prochaine étape pour une meilleure connaissance de ce patrimoine jusqu'ici injustement délaissé.
L'assistance sélectionnée apportait son soutien après avoir appuyé et aidé dans les recherches. On y trouvait notamment un chef de musique, un officier de la Légion, un membre de la Garde républicaine, un ancien du Conservatoire militaire de musique, un ingénieur général de l'armement (ER), un prêtre, un éditeur de musique, une étudiante en musicologie, des amis et représentants de ma famille.


Pour donner une idée de l'ampleur des sujets traités, voici le sommaire en attendant la publication.

vendredi 7 octobre 2016

Exposition céleustique

Le musée de l'Ecole des transmissions situé à Cesson-Sévigné vient d'ouvrir une exposition sur la céleustique, c'est-à-dire la transmission sonore des ordres dans l'armée.
Souvent confondu avec la musique militaire, le terme de céleustique permet de distinguer ces répertoires de la musique d'harmonie. Les instrumentistes qui les exécutent sont des soldats alors que les musiciens d'harmonie ont un statut spécial.
Le sujet étant méconnu, cette exposition est très didactique avec des panneaux réalisés le général (2S) Hervé qui administre le site très complet consacré à ces répertoires ICI.
Il faut recommander cette initiative originale lancée voici plusieurs années par le général Lefeuvre, alors commandant de l'école et finalement menée à bien par le général (2S) Helly, président du musée.
Ce patrimoine oublié, ses instruments, ses signaux, leurs répertoires et leurs fonctionnement sortent de l'oubli. Des nombreux documents, de l'Antiquité à nos jours, donnent un aperçu cohérent et facilement accessible à ces sujets complexes car relevant essentiellement des usages. En plusn des enregistrements de nombreuses sonneries sont disponibles à l'écoute.
Un petit tour à l'Espace Ferrié s'impose donc.

Informations pratiques :

Espace Ferrié, Musée des Transmissions
6, avenue de la Boulais 35510 Cesson-Sévigné
(face à Supélec)

Lundi, mercredi, jeudi de 9h30 à 12h et de 13h30 à 18h
Vendredi de 9h30 à 12h.
Fermé les mardis et week-end
Tarifs: 4€, gratuit pour les moins de 12 ans.

Ouvert sur réservation
Tél. : 02 99 84 32 87 (accueil) 

mardi 4 octobre 2016

Chants traditionnels des paras Tome II

Exceptionnelle, cette édition de chants parachutistes par le chœur Montjoie.
En effet, on y trouve plusieurs chants enregistrés pour la première fois et d'autres rarement. Les plus courant du répertoire avaient été gravés en 1984 dans Chants traditionnels des paras et dédiés aux victimes de l'attentat du Drakkar. Ici l'objectif est différent puisqu'il s'agit de proposer des chants régimentaires, ceux qui identifient les unités parachutistes et ne sont donc généralement pas chantés par ceux qui n'en font pas partie.
Cet usage ancien, puisque les premiers chants de ce type apparaissent au début de la conquête de l'Algérie, correspond aussi à la création des refrains régimentaires, ces sonneries de clairon permettant d'identifier les unités. Elles apparaissent juste après l'entrée en service de ce nouvel instrument d'ordonnance qui ne remplace pas mais complète le tambour et ses “marches de nuit”, jouant le même rôle d'identification.
On trouve donc quelques chants parachutistes peu connus, ainsi le Chant des para du 14 (14e RCP), le Chant du 602e GIA, le Chant du 35e RAP, le Chant du 13e RDP, le Chant des commandos marine, la Marche du 18e RCP et encore Para au rouge béret.

Le livret donne les paroles et les historiques de ces chants. Il est préfacé par le général Dary et admirablement accompagné d'illustrations du général Lesquer. 
A commander ICI.


lundi 29 août 2016

Les paras enregistrent

Les enregistrements de chants parachutistes ne sont plus aussi fréquents qu'auparavant. Non que la pratique ait cessé, bien au contraire, mais que la commercialisation, avec la disparition des éditeurs et diffuseurs de musique, devienne plus difficile.
A l'initiative de l'Entraide parachutiste, une chorale a été réunie avec des paras de tous âges pour enregistrer le répertoire classique de chants de tradition et de popote.
Tous les enregistrements sont originaux, a capella et à une seule voix suivant l'usage de la troupe, simple et efficace. Le chant est un outil essentiel d'entretien de la cohésion comme de communication auprès de la population. Le pratiquer et le diffuser contribue à élargir l'audience du répertoire comme à populariser les troupes parachutistes.
Le livret fournit les paroles de tous les titres, pour ceux qui ne les connaîtraient pas encore. Parmi les grands classiques (Debout les paras, En passant par la portière, Etre et durer…), on retrouve aussi quelques chansons de la biffe (La Madelon, Le Pinard, Fleur d'épine) et moins spécifiquement para.
Avec 18 titres, il n'était pas possible d'enregistrer tout le répertoire, un 2e CD est prévu qui dépendra de l'accueil de cette initiative qui est aussi une occasion d'alimenter l'association d'entraide.



Debout les paras – Chants de traditions et de popote, volume 1.
Entraide Parachutiste Militaire
Quartier général Niel – BP 45017
31032 TOULOUSE Cedex 5
12 euros, port 4 euros
Chèque à l'ordre de : Amicale du personnel militaire et civil de l'EM de la 11e BP

Debout les paras
1. La Prière
2. Debout les paras
3. La Madelon
4. Chant du 6e RPIMa
5. Au Terrain
6. Vive le pinard
7. En passant par la portière
8. Sous les pins de la BA
9. Les Cosaques
10. Etre et durer
11. Fleur d'épine
12. Chant de la compagnie portée
13. Oh la fille
14. Dans la brume la rocaille
15. Véronica
16. Rien ne saurait t'émouvoir
17. Les Oies sauvages

18. Hymne à Saint-Michel.

dimanche 31 juillet 2016

Le CMMAT change de nom

Le Conservatoire militaire de musique de l'armée de terre disparait avec le départ du colonel Jean-Michel Sorlin, en poste depuis 2009. Il devient le Commandement des musiques de l'armée de terre sous la direction  du colonel Stéphane Brosseau, saint-cyrien et chef de chœur. S'il n'a pas le cursus de chef de musique, le nouveau directeur est néanmoins musicien. Il avait dirigé la chorale de sa promotion, la Tom Morel (1987-1990) et composé la musique de son chant, et il a consacré sa maitrise d'histoire à la musique et aux chants de guerre de 1871 à 1918. Son orientation est donc plutôt dirigée vers le chant, un répertoire toujours resté à l'écart des interventions du commandement. 
Ce changement de dénomination avec la nomination d'un saint-cyrien est un changement très net dans les usages militaires où la musique a toujours été un domaine géré par des musiciens au statut militaire particulier. 

Le CMMAT avait été créé en 1978 à Rueil-Malmaison et déménagé à Satory en 1991 sous la direction du colonel Raucoules. Ce dernier est aussi à l'origine des archives du Conservatoire, seule source de documentation spécialisée sur les musiques militaires.


dimanche 10 juillet 2016

CD – EMIA promotion Nungesser


Fidèle à la tradition des écoles d'officiers, la promotion Nungesser de l'EMIA mettra en vente son CD lors du triomphe des écoles le 23 juillet prochain à Coëtquidan.
Parmi les titres enregistrés, outre ceux tirés du répertoire interne aux écoles, quelques chants spécifiquement militaires ou traditionnels, une chanson remontant à la dispariton de l'Oiseau blanc, le chant de la promotion et une version de la Chanson de Lorette.
Nous avons consacré un post spécialement à cette chanson dont une version a été largement diffusée sous le nom de Chanson de Craonne, ICI.

La chorale de Radio-France en avait enregistré une version en 2014, mais il s'agit ici du tout premier enregistrement militaire. Les élèves officiers ne se contentent pas d'entretenir le répertoire, ils savent aussi faire revivre des titres oubliés malgré leur intérêt historique.




Chant de promotion / Chant de promotion au piano / L’Oiseau blanc / O Sari Mares / Dans le ciel, nous les reverrons / Chanson de Lorette / Je t’aime ô ma patrie / Loin de chez nous / Le Dolo cornu / Le Grand Bossu / Les Cosaques / Rosalie / Chant de l’oignon / John Kanak / Le Fromage / La Prière.


mercredi 1 juin 2016

La chanson au combat (1978)

La chanson de soldat a-t-elle encore une utilité pratique pour le combat ? Si elle est utilisée pour les prises d'armes et les activités de cohésion, monter à l'assaut en chantant semble être relégué au musée des souvenirs avec la charge au tambour.
Le témoignage qui suit montre qu'il faut se méfier des jugements hâtifs et que si la technologie est indispensable pour assurer la supériorité sur l'ennemi, les armes sont servies par des hommes qui fonctionnent de la même façon depuis l'aube des temps. Face à la mort et à leurs peurs, la chanson reste un outil efficace, irremplaçable.
En 1978, la France est engagée au Tchad dans l'opération Tacaud contre les rebelles armés par la Lybie. Dans les combats pour la reprise d'Ati, le chant est utilisé pendant l'assaut. Le témoignage qui suit est tiré du livre d'Yves Cadiou, Opex Tacaud, disponible en ligne ICI.
« Jaune 1 parvient à nettoyer la résistance, le sergent Frangeul et le caporal Raventhal  sont blessés. La compagnie s’aligne face à la ville, dans la dernière ligne de végétation. Une bande de sable de 150 mètres sépare les Chats Maigres de l’objectif.
Il est 15 heures 30. « On y va ».
La compagnie monte à l’assaut, entonnant le Gars Pierre, au coude à coude, les yeux fixés sur la murette qui marque l’entrée de la ville. La murette grossit toujours. Le caporal Lenepveu tombe,
frappé d’une balle dans la tête. L’assaut continue. L’ennemi se replie. Dans le village les combats continuent, la compagnie progresse pied à pied. En fin de combat, la section Mioulet est à nouveau éprouvée : le caporal-chef Janone, le caporal Huc, les marsouins Laurent et Munoz sont blessés. Chez Jaune 3, Delevalle est grièvement blessé.
Au bilan final, l’ennemi laisse 80 tués, 7 véhicules détruits, 2 bitubes de 14.5 millimètres, un canon de 75 SR, un mortier de 120 , un mortier de 81, 6 mitrailleuses, 2 lance-roquettes RPG7 et 70 kalachnikov AK 47. »

Manifestement, la 3e compagnie du 3e RIMa avait adopté le Gars Pierre comme chant compagnie pour le reprendre dans ces circonstances, quasiment en acte réflexe. La chanson est bien connue dans l'armée et fait partie du répertoire courant du régiment puisqu'on la retrouve enregistrée sur le 30 cm, Bivouac et tradition, enregistré par la chorale régimentaire en 1980. Elle a été composée en 1947 pour les Compagnons de la chanson par le compositeur et arrangeur André Grassi sous le titre La Marie. A l'origine, rien d'une chanson destinée à la troupe, mais elle rentre rapidement dans le répertoire Légion (Souvenirs du 5e REI, 30 cm, 1956) et est publié par le Cne Lamaze dans Chants, chansons et chœurs de l'armée française aux éditions Chiron en 1961. Elle est bien diffusée dans l'armée puisqu'on la retrouve enregistrée par les promotion d'élèves officiers, les corniches, les paras et largement publiée dans les recueils de chants. Rien d'étonnant à ce qu'elle se retrouve au 3e RIMa. Pourtant c'est loin d'être un chant de combat. Elle évoque une fille que le soldat délaisse à son retour et qui se noie de désespoir.
Ce n'est pas non plus un chant spécifique aux troupes de marine puisqu'on le retrouve dans toute l'armée. Il n'empêche qu'il a été sélectionné par cette compagnie du 3e RIMa qui l'utilise pour maintenir sa cohésion pendant un assaut, retrouvant l'usage ancestral du chant chez tous les guerriers.
L'enregistrement est celui de la promotion de l'EMIA Capitaine Broche (1980), on est dans la période.