jeudi 30 septembre 2021

PARUTION : Histoire des signaux d'ordonnance

Cet ouvrage présente pour la première fois l'histoire des signaux d'ordonnance dans l'armée française. Ce répertoire restait méconnu du fait de son assimilation à la musique militaire. En effet, il ne s'agit pas de musique mais de céleustique, c'est-à-dire de transmission sonore de signaux d'ordres. Le terme est repris au Général Bardin, grand historien des usages militaires.

Ce travail est issu d'une thèse soutenue en 2016 dont la partie consacrée à la musique d'harmonie a été publiée en 2019 : L'Orchestre militaire français, histoire d'un modèle, éditions Feuilles, 360 pages. Il vient compléter une trilogie ouverte par l'Histoire du chant militaire français, Grancher, 2008.

Depuis la reconstitution d'unités d'infanterie sur le modèle suisse au sortir du Moyen Age, le tambour est devenu le principal instrument d'ordonnance. Les plus anciennes batteries sont exhumées à partir des partitions retrouvées. Certaines étaient tombées dans l'oubli malgré leur importance historique et militaire. Leur fonctionnement et leur transmission est expliqué aux différentes époques car les usages diffèrent. De la même façon, les autres instruments d'ordonnance (trompette, clairon, sifflet) sont présentés avec leurs partitions, historiques et fonctionnements.

On découvre ainsi la plus ancienne mémoire sonore de l'armée française, toujours bien vivante aujourd'hui. Pas d'armée sans signaux, pas d'histoire de l'armée sans l'histoire de ses signaux.

Histoire des signaux d'ordonnance, Thierry Bouzard, éditions L'Harmattan, 2021, 208 pages, ICI.






Présentation :

« Dans ce nouvel opus consacré aux signaux d’ordonnance, Thierry Bouzard explore et nous fait découvrir les origines guerrières des musiques militaires d’aujourd’hui. Avec beaucoup d’érudition et de clarté, il apporte un éclairage nouveau et indispensable, dans un domaine méconnu, voire négligé de l’histoire militaire. Je lui adresse toute mon admiration et ma gratitude, pour cette remarquable contribution à notre patrimoine musical. »

Lieutenant-colonel Antoine Langagne, Chef de la Musique de la Garde républicaine.


« Un grand merci à Thierry Bouzard pour son travail infatigable sur le thème de la celeustique. Dans la collaboration historique musicale avec Thierry, j’ai aussi beaucoup appris sur les signaux en Suisse. Cela a été fait grâce à ses questions spécifiques. Je souhaite beaucoup de succès à Thierry avec cette œuvre, car c’est une contribution importante à notre histoire musicale commune. »

Markus Estermann, ancien ancien président du Schweizerischer Tambouren- und Pfeiferverband et fondateur du Feldspiel.


« La technologie moderne a rendu obsolète la fonction de la musique céleustique. Le tambour et le clairon ne sont plus utilisés pour contrôler le mouvement des troupes, et la musique qu'ils jouaient a été négligée. Heureusement, Thierry Bouzard a une grande estime pour ce patrimoine culturel et a fait des recherches exhaustives à ce sujet. Son travail inestimable devrait servir d’exemple et un guide à d’autres personnes travaillant dans ce domaine. »

Raoul Camus, Professeur émérite au City University of New York et membre d’honneur de l’Association Internationale de la Recherche et de la Promotion de la Musique à Vent (IGEB).



vendredi 9 avril 2021

Les Aiglons des Cerces au 93e RAM

 La 4e Batterie du 93e Régiment d’artillerie de montagne vient de composer son chant de tradition qui a été enregistré en format rock et réalisé sous la forme d’un clip vidéo. La 4e batterie est jumelée au massif des Cerces et comporte un aigle dans son insigne, inspirant les paroles du chant.

Cette initiative originale montre le potentiel du répertoire militaire. Les promotions des écoles disposent parfois de groupes de rock pour leurs festivités internes. Elles peuvent enregistrer des CD aux programmes éclectiques. Par contre, qu’un régiment se lance dans le clip musical est exceptionnel et mériterait d’être soutenu. 

Depuis la disparition des orchestres régimentaires avec la fin de la conscription, la musique a disparu des régiments, sauf pour le chant de troupe, c'est-à-dire sans accompagnement. Il faut donc saluer cette composition et sa mise en forme en souhaitant que cette réalisation, exemplaire et digne de professionnels, soit suivie par d’autres unités.



vendredi 19 mars 2021

ESMIA promotion Jeanpierre 1959-1961

 La Promotion LTN-COL Jeanpierre avait réalisé un enregistrement gravé sur 25cm en 1960 (matrice 10X61M16-17). Jamais commercialisé, ce disque ne figure pas dans les archives militaires puisqu’il est inconnu aux Ecoles de Coëtquidan et au SHD. Il n’est pas non plus au dépôt légal de la BnF. C’est dire si ce document est rare.

Les anciens de la promotion ont fait réaliser la numérisation de leur enregistrement, maintenant disponible pour les connaisseurs. Comme ceux réalisé par les autres promotions, il témoigne du répertoire en usage et de l’image chantée que voulait laisser la Jeanpierre.

Le livret reproduit un dessin original de Jean Cocteau dédicacé à la promotion avec sa pertinente citation : « sans le cérémonial tout meurt ».

Titres :
1. Where you there 
2. Jacob’s ladder
3. Rock my soul
4. Belle qui tient ma vie
5. L’Enfant au tambour
6. Le Pékin de bahut
7. La Madelon




Pour commander ce CD :

Prix unitaire (port compris) : 15 € TTC

Chèque libellé à “Promotion LCL Jeanpierre”.

Adresser à :
Col (ER) Philipe COEFFET
11 F rue des Galoubies – 63 400 CHAMALIERES


vendredi 8 janvier 2021

Les aumôniers militaires chantent

 Le chant est un outil de communication. Les aumôniers militaires l’ont bien compris en réalisant des vidéos de chants. Leur initiative est originale et de qualité car si le chant est toujours utilisé dans l’armée française, sa pratique se dégrade. Les Padrés nous offrent des enregistrements de qualité. Ils sont compétents, l’un d’eux avait fait partie du groupe Les Prêtres, actif de 2010 à 2015.


Ces vidéos illustrent le potentiel du chant au sein de l’armée qui entretient le dernier répertoire de chants de métier vivant. A quand un enregistrement sur CD ?

samedi 4 juillet 2020

Le mythe du tambour

Du fait de son utilisation par l’armée comme instrument d’ordonnance à partir de la fin du XVe siècle, le tambour devient un repère culturel, développant un véritable mythe quand il est exploité par la propagande révolutionnaire. Ses répercussions ne se cantonnent pas à la céleustique, elles résonnent jusque dans notre histoire actuelle. Son importance est sous-estimée car le mythe du tambour a bloqué l'évolution des instruments d’ordonnance au XIXe siècle et permis la mystification des batteries napoléoniennes au début du XXe siècle. Le mythe du tambour méritait quelques éclaircissements ICI.


mercredi 3 juin 2020

CD promotion Uskub de l'EMIA

La promotion Uskub vient de réaliser un CD. La 58e promotion renoue ainsi avec une tradition qui semble de plus en plus difficile à tenir. Si un chant de promotion est bien réalisé et mis en ligne, le précédent CD avait été réalisé par la Nungesser (2014-2016). Cet effort est donc à signaler et rend compte de la pratique du chant aux écoles. En effet, cette activité relève du volontariat. Les élèves doivent prendre sur leur temps libre pour constituer une chorale, sélectionner un répertoire, organiser des répétitions pour en arriver à enregistrer un produit de qualité et ensuite le vendre pour essayer de rentabiliser un investissement qui est aussi financier.
La situation du chant aux écoles n’est pas anodine, elle reflète celle de l’ensemble de l’armée avec un emploi du temps de professionnels qui laisse toujours moins de place au chant et une pratique qui se dégrade (ralentissement de la vitesse d’exécution, fins de vers corrompus, …). La concurrence des loisirs numériques à travers les smartphones pendant les temps de pause ne facilitant pas les activités de cohésion.
Dans ce contexte, les élèves de la Uskub ont produit un beau CD. Les titres reflètent les tendances actuelles : Chant de la promotion Uskub EMIA, récit des combats d’Uskub, Sarie Mares, Marche des dolos (la), Nouveau bahut, Capitaine Maine  EMIA, Africains (les), Régiments d'Afrique (les), Larmes d’ivoire (les), Corsaires (les), Cor (le), Ma France. 
Dans la bonne tradition des écoles, la chorale a enregistré un bonus caché après Ma France. V’la du bon fromage , vieux chant des fantassins remontant milieu du XIXe siècle, ne figure donc pas dans la liste des titres enregistrés.
On aurait attendu des chants plus directement en rapport avec les combats et les unités qui y ont participé, mais le contexte actuel et les difficultés d’accéder aux rares archives existantes excusent largement leur absence. Cet enregistrement va pouvoir servir de repère pour les officiers de la promotion pendant toute leur carrière et s’inscrire dans la longue lignée de leurs prédécesseurs ICI.


vendredi 29 mai 2020

Cezayir

La vie est un éternel combat et la paix n’est qu’un intermède entre les affrontements. Actuellement en Turquie, une des chansons populaires remonte à 1830. Elle avait été composée pour pleurer la perte d’un territoire contrôlé par l’Empire ottoman. A l’époque l’Algérie n’existait pas, le dey d’Alger ne contrôlait que la bande côtière et son pouvoir est contesté. Le trafic des esclaves et la piraterie sont alors en déclin. La prise d’Alger en 1830 met ainsi fin à la piraterie qui empoisonnait la Méditerranée et ses côtes septentrionales depuis l’Antiquité. 
La perte ressentie par l’Empire ottoman est traduite par la création de cette chanson. Elle est actuellement populaire en Turquie, mais aussi en Algérie dont les populations pleurent ainsi leurs anciens maîtres. La Sublime Porte a été alors incapable de porter secours à son territoire.
En rediffusant cette chanson, la Turquie réactive un front musical qui illustre l’importance de ce moyen d’expression entre les peuples.


samedi 21 mars 2020

Chansons et musiques de la 1re GM sur Gallica

Le chant militaire n’est pas souvent présenté. La sélection offerte par la BnF n’en est que plus intéressante. On peut y entendre de nombreux enregistrements d’époque, français et anglo-saxons. On pourra regretter que pour un conflit mondial, on ne retrouve pas plus de chants des alliés comme des adversaires. La chanson étant un moyen d’expression, elle engage un dialogue et en temps de guerre, elle dessine un véritable front musical.
La sélection de la BnF est une occasion d’entendre ces enregistrements anciens. On ne trouvera pas de véritables chansons du front, car le poilu ne pouvait pas enregistrer dans les tranchées. Ces chansons sont dans les journaux du front et les cahiers de chansons. Les enregistrements étaient réalisés par des professionnels, donc bien loin de la réalité du répertoire vivant des soldats.
La plupart de ces chansons ont disparu du répertoire. Seule quasiment subsiste Vive le pinard, toujours chanté : « Sur les chemins de France et de Navarre,/ Le soldat chante en portant son bazar,/ Une chanson authentique et bizarre,/ Dont le refrain est : “Vive le pinard !”./ Un ! Deux !/ Le pinard c’est de la vinasse,/ Ça réchauff’/ Là oùsque ça passe… » 
Son écoute est ICI.


Télescopage des répertoires, on trouve la Sidi-Brahim (1847) qui côtoye Le Régiment de Sambre et Meuse (1870), Le Clairon de Déroulède (1872) et Serrez vos rangs de Bruant (1882), ainsi que Madelon (1914). On trouve aussi des titres oubliés comme Le Rhin allemand dans plusieurs versions (Félicien David, Bentayoux, Fauré), Valmy, En avant à la baïonnette, …
Il est évidemment compliqué et même impossible de vouloir présenter l’ensemble du répertoire chanté pendant la guerre. D’autant plus qu’il variait d’un front à l’autre, suivant les périodes et les régiments. L’exploration est éclectique, pas toujours très rationnelle, mais de toute façon enrichissante. De plus, la sélection offre aussi des musiques. 

La visite de la sélection de la BnF commence ICI.


mardi 3 mars 2020

2020 : 175e anniversaire de l’adoption de l’orchestre d’Adolphe Sax par l’armée française

Les répertoires musicaux militaires sont ostracisés et méprisés par la culture française d’aujourd’hui. Cette attitude témoigne d’une profonde ignorance de l’apport des militaires à la musique. En témoigne un anniversaire important oublié des commémorations.

Le 19 août 1845, un décret ministériel fait entrer en service l’orchestre et les instruments de musique proposés par Adolphe Sax (Journal militaire officiel, 2e semestre 1845, p. 197).
Cet événement oublié a été pourtant considérable, puisqu’il est celui de l’entrée en service du premier orchestre de plein air fonctionnel. Jusque là, la musique en extérieur ne s’entendait pas. Les révolutionnaires de la Fête de la Fédération échouent à faire entendre de la musique. La puissance sonore des différents instruments était inégale. Compositeurs et musiciens suivaient la compétition que se livraient les facteurs d’instruments dans toute l’Europe, clés, pistons, travail du cuivre, diapason, métronome, … C’est le clarinettiste virtuose et facteur de génie belge, Adolphe Sax, qui est appelé par l’armée française pour développer ses projets. Il tenait de son père une échelle de perce des tubes de cuivre lui permettant de constituer des familles d’instruments utilisant les mêmes doigtés. La famille des saxophones est la plus célèbre.


C’est une véritable révolution. Les orchestres de plein air peuvent reproduire les sensibilités de l'orchestre en salle. Pour la France de 1845, puis 1854, c’est une véritable revanche culturelle sur Waterloo. 
Il ne s’agit évidemment pas de militarisation de la société puisqu’en 1900 l’armée ne disposait que de 400 orchestres pendant que les civils en alignaient près de 7000. De plus, le répertoire est essentiellement civil car il reprend très majoritairement les grands airs de l’Opéra jusqu’aux plus populaires mélodies des cafés-concerts.
L’armée française, ses instruments de musique et son modèle d’orchestre servent alors de modèle au monde entier.
Les grandes villes d’Europe vont toutes construire des kiosques à musique permettant de faire entendre aux populations les compositions des plus grands musiciens de l’Opéra, comme des airs de café-concert. Pour la première fois dans l’histoire, ces musiques sont accessibles gratuitement à tous sans distinction de classe, de profession, d’âge, …
Suivant les armées européennes, des orchestres vont pouvoir jouer les plus belles compositions sur tous les continents, exerçant un pouvoir de séduction injustement sous-estimé.


La saga de l’élaboration de cette formation est présentée dans L’Orchestre militaire, histoire d’un modèle (Beauchesne, 2019, 360 pages).

dimanche 2 février 2020

Chants militaires – Enregistrements d’exception

En vue d’améliorer les connaissances sur les chants militaires, des enregistrements exceptionnels sont mis en ligne à partir de cette chaine YouTube ICI. L’internaute y trouvera non seulement des enregistrements, mais aussi des liens avec un site présentant les historiques des titres disponibles. Un forum est ouvert pour ceux qui auraient des éléments nouveaux à apporter sur les titres présentés, car en matière de répertoire oral, les connaissances ne peuvent pas être considérées comme définitives.
Pour commencer, il apprendra pourquoi Eugénie, le célèbre chant légionnaire, a été composé en 1959 ICI.  Il lira le 1er historique des Dragons de Noailles avec l’origine de la mélodie, bien plus récente que ne le laisse penser le titre ICI. 
Le chant militaire français est un patrimoine vivant, le dernier chant de métier encore en usage au XXIe siècle. Si les soldats apprennent les chants à l’imitation, ils ne pourront que mieux chanter en connaissant l’histoire de ceux qu'ils interprètent.
Ces chants vont donc sortir des brumes dans lesquels ils sont restés enveloppés.
A titre d’exemple, voici le premier enregistrement (1950) de Contre les Viets :