mercredi 7 décembre 2016

La Marseillaise est toujours à redécouvrir

Le magazine Chemin de mémoire ICI vient de publier un historique de la Marseillaise rédigé par l’auteur de ce blog. On y trouve quelques informations originales, notamment l’épisode oublié de la condamnation de Sellenick en 1878. C’est probablement la seule condamnation d’un chef de la musique de la Garde républicaine. Il se voit infliger un blâme sévère par le colonel commandant la Garde 
« pour avoir fait jouer la Marseillaise […] à l’occasion de l’inauguration de la statue de la République au Champ-de-Mars, sans en avoir reçu l’ordre d’une autorité militaire ».
Le motif de cette interdiction renvoie à la signification attribuée à ce chant depuis le 1er Empire :
« Sans parler de la signification politique qu’on pourrait lui prêter, ce qu’il importe d’éviter pour tout ce qui touche à l’armée, le chant de la Marseillaise, fait pour le temps de guerre, ne convient pas actuellement à l’armée, puisque nous sommes et que nous voulons rester en paix avec le monde entier ».
La Rue Montorgueil, Claude Monet, 1878.

Le chant était considéré comme séditieux depuis le Premier Empire. Sellenick le savait et a évidemment agit en concertation avec les organisateurs de l’événement. C’est juste après l’inauguration de la 3e exposition universelle, le 1er mai précédent. Le 30 juin 1878 veut fêter « la paix et le travail » et la journée débute par l’inauguration de l’œuvre républicaine de Clésinger. Signe de l'importance de la journée, les fenêtres des rues parisiennes sont pavoisée et inspirent Monet qui peint sa célèbre toile de La Rue Montorgueil
Cette condamnation ne va pas affecter la brillante carrière de Sellenick, le compositeur de la célèbre Marche indienne. Le ministre de la Guerre, le général Farre, lui commande un pas redoublé pour la fête du 14 juillet 1880, le premier depuis la Révolution, c’est la Marche aux drapeaux. S’il n’est pas nommé au grade de capitaine comme certains l’avaient suggéré, il faut y voir l’état du statut de chef de musique à l’époque plutôt qu’une réminiscence de l’affaire. Wettge, son successeur à la tête de la musique de la Garde, terminera aussi son service au grade de lieutenant en 1893. L’assimilation au grade de capitaine ne sera permise pour les chefs de musique qu’avec la loi du 7 avril 1902. La Marseillaise est devenue hymne national le 14 février 1879.
On constate qu’en 1878, la date de la fête nationale n'est pas encore fixée. Sollicitée à propos du 14 juillet, l’armée émet quelques réserves car cette date commémore la mutinerie des gardes françaises, le pillage d’un arsenal militaire pour armer des émeutiers, la prise d’une forteresse et le massacre de sa garnison. Pas vraiment de bons souvenirs pour les militaires.

Le numéro de Chemin de mémoire a été remis aux participants du colloque tenu à Balard sur la Marseillaise le 02/12/2016. Les interventions seront publiées dans un numéro de la Revue historique des armées en 2017. Le colloque a été clôturé par un concert donné par le quintette de la musique du 43e RI de Lille. Les participants ont donc pu entendre la Marche d’Assuerus de Grisons, tirée de son oratorio Esther. Déjà donné en janvier dans la cathédrale des Invalides par la musique principale de l’armée de terre, dans une harmonisation de son chef de musique Jean-François Durand, ce morceau méconnu donne le thème de la Marseillaise, bien qu’il soit antérieur à la Révolution. Par contre, la partition de Viotti, qui donne aussi ce thème et qui remonte à 1781 ICI, n’avait pas été retenue.

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