vendredi 17 mai 2019

Le chant, indispensable outil de cohésion et de communication

La cérémonie d’hommage aux deux officiers mariniers tués lors d’une opération en Afrique illustre le rôle essentiel de la musique. Loin de chez est un chant remontant à la guerre d’Algérie. S’il n’a pas été chanté lors de la cérémonie, sa mélodie a été jouée par le bagad de Lann Bihoué. Et pas de musique sans orchestre ou un chœur.


mercredi 1 mai 2019

Le chant militaire est un répertoire oral vivant qui, s’il est d’abord destiné aux soldats, peut parfaitement être repris dans des interprétations de qualité. Actuellement, le contexte culturel français en fournit peu d’occasions, mais elles n’en sont que plus appréciables et manifestement appréciées. Elles mériteraient d’être plus connues.
Glanées sur Youtube, d’abord une récente interprétation des Combats de Tu Lê. Ce chant a été composé pour la promotion de l’EMIA du même nom par les SLT Sauvée et de Pontbriand (1992-1994).



Avec l’accompagnement d’un orchestre, l’adaptation française du célèbre chant funèbre des soldats allemands, Ich hatt einen Kameraden. On reconnait dans la mélodie quelques mesures de la 2e partie de l’adagio du Concerto pour clarinette de Mozart. Friedrich Silcher, admirateur du compositeur viennois, s’en est inspiré pour la mélodie qu'il a adaptée aux paroles écrites par Ludwig Uhland en 1809.


samedi 27 avril 2019

Gérard Eiselé, jalons d'un musicien militaire, 1979-2019

A travers deux événements, une émission de télévision et un concert, on retrouve un musicien investi dans les répertoires militaires. D'abord comme instrumentiste au sein de la Fanfare de la 2e Région aérienne intéressé par les anciens répertoires.


Cet intérêt pour la musique militaire s’est poursuivi plus tard par la création du chœur de l’UNP-Centre avec d’anciens parachutistes. Dédié au répertoire militaire, il veut faire entendre de belles interprétations du dernier chant de métier vivant.
Reconnaissance internationale, il était invité dimanche 26 avril 2019 à chanter avec les Chœurs de l’Armée rouge lors de leur passage à Paris.


Contrairement à ce que colportent les ignorants, les répertoires musicaux militaires ne sont pas des genres inférieurs. Parfois d’une grande ancienneté, toujours d’une grande richesse, ces patrimoines sont entretenus, comme dans ces deux illustrations, par des musiciens professionnels de talent.

lundi 15 avril 2019

L'Orchestre militaire français, histoire d’un modèle

Cet ouvrage est la publication d’une partie de la thèse consacrée par l’auteur aux répertoires musicaux militaires et soutenue en octobre 2016 à Amiens (université de Picardie). Le livre retrace plus spécialement l’histoire de l’orchestre d’harmonie pour le plein air. C’est aussi l’histoire de la musique de plein air. L’écoute de musique enregistrée fait oublier le formidable engouement populaire au XIXe pour la musique de kiosques. Ecouter de la belle musique gratuitement, celle qui était composée par les plus grands musiciens d’Europe, pour l’Opéra et les grandes scènes, écouter aussi les airs plus ordinaires des cafés-concerts.
Pourquoi l’armée française fait appel au Belge Adolphe Sax, virtuose de la clarinette puis du saxophone et génie de la facture instrumentale ? L’adoption de ces instruments correspond à l’évolution des procédés de fabrication et à l’industrialisation de la société. Ils vont permettre la constitution d’orchestres monstres de plus de 1000 musiciens, orchestres impensables auparavant, et dont on ne trouve pas d’équivalent dans les autres civilisations.
Cet orchestre de plein air mis au point par l’armée de Louis-Philippe est le résultat d’une politique poursuivie depuis Louis XIV par tous les régimes, signe de son importance. Elle donne son nom à la Belle Epoque, dont le symbole est justement le kiosque à musique avec son orchestre de plein air.
Les ignorants qui veulent se donner un vernis de culture répètent la citation faussement attribuée à Clemenceau sur la musique militaire. Ce livre montre au contraire la gestation et le développement de cet incroyable orchestre de plein air dont les instruments et l’organisation ont été salués par les plus grands compositeurs de l’époque (Berlioz, Verdi, Wagner, …).
Ces orchestres n’auraient pas existé sans une évolution du statut des musiciens, des artistes soldés par l‘armée dont la mission est de faire la guerre pour garder la paix. Il fallait une raison bien impérieuse pour imposer aux états-majors des musiciens dans ses effectifs, pour imposer un art qui nécessite le silence pour être apprécié au milieu de matériels de guerre qui produisent les bruits les plus assourdissants.
Avec cet ouvrage, l’orchestre de plein air mis au point par l’armée française sort de l’ombre. Adopté en 1845, il a servi de modèle dans tous les pays faisant admirer la musique européenne sur tous les continents. C’était une époque où l’on n’écoutait que de la musique naturelle, vivante, celle qui entretient les liens collectifs, celle qui permettait de rassembler les populations sans considération d’origine sociale autour de ces orchestres. Car s’il sont d’abord militaires, ils vont être imités par des formations civiles vingt fois plus nombreuses. Elles rendent compte de cet engouement quasiment incompréhensible de nos jours où l’on n’écoute plus que des musiques figées dans l’enregistrement, des musiques mortes. Cet ouvrage veut donc retracer la formidable aventure de ces orchestres de plein air.

Thierry Bouzard, L’Orchestre militaire français, éditions Feuilles, 360 pages, 24 €.


Plan de l’ouvrage :

PRÉAMBULE
INTRODUCTION

1. À L’ORIGINE, DANS LES ARMÉES ROYALES
Le fifre
Musique au siège et à la cour
La marche et la naissance d’un répertoire
Organiser, réglementer, payer
Les instruments : évolution et diversification

2 . LES ORCHESTRES MILITAIRES SOUS LA RÉVOLUTION ET L’EMPIRE
Après le 14 juillet 1789
De la Garde des consuls à la Vieille Garde
La fête et le luxe
Les risques du métier

3 . LA GESTATION D’UN SYSTÈME (1815-1852)
DU LOISIR MILITAIRE PRIVÉ AUX FESTIVITÉS PUBLIQUES
1827-1828, les premiers concours de musiques militaires à Paris
Louis-Philippe utilise les orchestres militaires

LES PROGRÈS DE LA FACTURE INSTRUMENTALE
Instruments : une recherche constante de perfectionnement
Facteurs d’instruments en France
Les instruments d’Adolphe Sax
Volonté de réformer les musiques militaires
Des orchestres militaires d’agrément aux festivités publiques
Les plus anciens orchestres français
Les fanfares de chasseurs à pied
La situation des musiques militaires avant la réforme de 1845

RÉVISION DU STATUT DES MUSICIENS
Une hiérarchie inadaptée
Un statut injuste
L’affaire Messmer et la disparition des gagistes
Les chefs de musique ont de l’avancement

RENOUVELER ET ENTRETENIR LE RÉPERTOIRE
La création musicale est à l’Opéra
Le ministère encourage les compositions nouvelles
Traités et manuels
Le répertoire en action : concert et catalogue

LE GYMNASE MUSICAL MILITAIRE (1836-1856)
La création
Premiers résultats
Le Gymnase musical militaire, enjeu politique et musical
Les classes et les professeurs
Demande d’effectifs en hausse et affectations

LA RÉFORME DE 1845
Saxons et Carafons
L’organisation de 1845
Les facteurs d’instruments contre Sax

4. ORGANISATION (1852-1879) DES FESTIVITÉS MUSICALES
Un orchestre colossal et expérimental
Les expositions nationales et internationales
Le concours international de musiques militaires de 1867 et ses suites
La question du répertoire officiel
L’élaboration du cérémonial militaire

DES ORCHESTRES. UNE RÉORGANISATION ENTRE PRESTIGE ET RESTRICTIONS BUDGÉTAIRES
Le temps du prestige
La Musique des Guides, un orchestre modèle
La fanfare du bataillon de chasseurs à pied de la Garde impériale ou Sax mis en échec (1853)
La réorganisation des musiques de la Garde impériale
Les musiques de la ligne, mars 1855
Des artistes en campagne
Les instruments de musique
Tentative de restriction
Le décret de mars 1860. Réductions tous azimuts
Suppression des musiques dans la cavalerie, avril 1867
La nouvelle organisation, décret du 5 octobre 1872
Les fanfares des troupes légères

DES HOMMES. UNE VOLONTÉ D’AMÉLIORATION DES COMPÉTENCES ET DU STATUT DES MUSICIENS
Fermeture du Gymnase musical militaire, autres raisons
Création d’écoles de musiques régimentaires
Un concours annuel de chef de musique
La reconnaissance du statut des musiciens
L’uniforme des musiciens
Les musiciens pendant la guerre de 1870

5. EXPLOITATION (1879-1914) LE NOUVEAU CÉRÉMONIAL RÉPUBLICAIN
L’émergence des hymnes nationaux en Europe
Les nouveaux symboles de la République. La Marseillaise
L’affaire Sellenick (juin 1878) et l’adoption de l’hymne national
L’hymne, Marianne et les trois couleurs
Musique militaire et liturgie républicaine : occuper l’espace public
L’affaire de Saintes (août 1901)
Cérémonial

ORGANISATION DES ORCHESTRES
Civils et militaires, un même besoin d’orchestres
Une tentative de suppression des musiques militaires
L’organisation de 1898
Une confrontation avec les orchestres civils
Le cas des timbales de cavalerie
Les projets de réorganisation (1909-1911)

GESTION DES HOMMES
Des musiciens, des militaires
Reconnaissance des chefs de musique et des sous-chefs

LA MUSIQUE DE LA GARDE RÉPUBLICAINE, JOYAU NATIONAL
Le modèle des orchestres
Des tournées en province
La Musique de la Garde, ambassadrice
Le statut spécial de la Musique de la Garde
Les chefs de musique de la Garde

DES RÉPERTOIRES MILITAIRES ET CIVILS
Un répertoire consensuel capable de tisser les liens au sein de la nation
Un empire quadrillé d’orchestres de plein air
Les orchestres de plein air, porteurs de l’idéal républicain
Des concerts en phase avec l’évolution de la société

SITUATION DES ORCHESTRES MILITAIRES À LA VEILLE DE LA GUERRE

6 . L’ORCHESTRE MILITAIRE PENDANT LA GRANDE GUERRE
Le statut des musiciens en temps de guerre
Les orchestres militaires dans la guerre
Un répertoire populaire
Musique, cérémonial et diplomatie
La contribution des compositeurs
La pratique militaire des soldats

CONCLUSION
Évolution de l’orchestre militaire français, 1764-1902
SOURCES

jeudi 4 avril 2019

Le Chœur de l’UNP-Centre avec le Chœur de l’Armée rouge à Paris

Le Chœur de l’UNP-Centre, composé d’anciens parachutistes et dirigé par le talentueux et compétent Gérard Eiselé, est invité à chanter pour le dernier concert du Chœur de l’Armée rouge à Paris le 21/04.
Le Chœur de l’UNP-Centre a enregistré en 2018 le CD Hommage à nos soldats présenté ICI et ICI.
Il est le seul chœur civil entièrement consacré au chant militaire, un répertoire vivant mais rarement médiatisé. En l’invitant à chanter avec lui, le Chœur de l’Armée rouge reconnait ses compétences musicales et la qualité de son répertoire.
Les anciens parachutistes français uniront leurs voix à celles des militaires russes, une occasion unique de célébrer une amitié séculaire entre la France et la Russie.
Le concert avec le Chœur de l’UNP-Centre est celui du 21/04 à 15h.
Informations et réservations ICI.


mercredi 27 mars 2019

Colloque sur la musique militaire aux Invalides : 02/05/2019

Info du 03/04/2019. Le colloque est reporté à l'automne.

Programme fourni pour une initiative qui s’inscrit dans la volonté du CEMAT d’utiliser les musiques pour développer “l’esprit guerrier” dans la troupe à travers un meilleur emploi des orchestres, une amélioration de la pratique du chant et la réintroduction des sonneries d’ordonnance dans les casernes.
Dans l'amphi Austerlitz des Invalides avec les interventions de chercheurs sur ces sujets (musique, chant, céleustique) et la participation d'au moins un orchestre.


Programme est iICI. Les inscriptions sont ICI.

lundi 11 février 2019

Le prix de l’Epaulette 2019 attribué à Thierry Bouzard

L’association des officiers de l’EMIA remettait samedi 9 février à l’École militaire interarmes son prix annuel. Après une table ronde sur le thème « Ethique et Robotique », avec les interventions de personnalités de la Défense et extérieures, sous la présidence d’honneur du Général d’armée Jean-Pierre Bosser, Chef d’état-major de l’armée de Terre et du Général d’armée Richard Lizurey, Directeur général de la Gendarmerie nationale.
L’Épaulette distinguait cette année le lieutenant-colonel Philippe Pasteau pour son ouvrage sur les aumôniers pendant la Grande Guerre et le lieutenant (R) Thierry Bouzard, collaborateur du site THEATRUM BELLI, pour l’ensemble de ses travaux sur les répertoires musicaux militaires à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage, Grand Recueil des chants parachutistes (Diffusia, 2018) co-rédigé avec Gérard Eiselé.
Patrimoine immatériel, les répertoires musicaux militaires (musiques, chants et céleustique) sont rarement étudiés. La distinction venant des officiers de l’Épaulette est donc particulièrement bienvenue. C’est effectivement la première fois qu’un ouvrage sur les chants parachutistes veut présenter l’ensemble du répertoire de ces soldats accompagné de partitions originales transcrites à partir des meilleurs enregistrements. Dernier répertoire de chants de métier, le chant militaire est un authentique patrimoine musical populaire qui mérite à ce titre d’être mieux connu, voire découvert.
L’auteur publiera très prochainement un ouvrage sur l’orchestre militaire français (édition Feuilles) et travaille actuellement sur un Grand Recueil des chants légionnaires avec Gérard Eiselé.
De gauche à droite : Gérard Eiselé, Thierry Bouzard, le Général Guiaume, le lieutenant-colonel Pasteau.

mardi 18 décembre 2018

Chanson et antimilitarisme

Outil d’expression, la chanson rend compte de l’état d’esprit de la communauté qui l’utilise en même temps qu’elle établit un dialogue avec celles à qui elle s’adresse. L’antimilitarisme est un concept moderne apparut à la charnière des XIXe et XXe siècles. Un inventaire des chansons embrigadées sous cette étiquette met à jour un répertoire hétéroclite. 
Profitant largement du caractère polysémique de la chanson populaire, la chanson “antimilitariste” a mis à contribution des répertoires qui ne le sont pas vraiment. Si le terme est récent, la contestation de l’armée est consubstantielle à l’institution. Toutefois, elle est plus individuelle que collective (Je maudis le sergent, vers 1780 ; L’Armée de Bellone, 1811 ; Le Conscrit de 1810), car ces compositions sont très certainement l’œuvre de lettrés plus que de soldats majoritairement analphabètes à cette époque. 


Il ne faut pas confondre ces compositions avec des chansons de soldat pouvant s’apparenter à une contestation de l’autorité (La Galette, 1845 ; La Protestation des chasseurs, 1871 ; Les Fayots, vers 1900), mais relevant plutôt d’une certaine liberté d’expression militaire.


La Révolution ayant institué la conscription et inventé le patriotisme, les mouvements ouvriers peinent à dénoncer l’armée, aussi bien lors des féroces répressions des insurrections parisiennes de la première moitié du XIXe, que pendant la Commune ou encore à la veille de la Grande Guerre. Malgré une tentative comme Le Soldat de Marsala (publication en 1872), la chanson antimilitariste n’existe pas.



Le comique troupier à partir de 1891 et l’autorisation de se produire sur scène avec des effets militaires, sans être antimilitariste, ouvre néanmoins la voie à une critique de l’armée.
La première véritable chanson antimilitariste serait Gloire au 17e. Elle profite d’une erreur du commandement car les soldats qui mettent la crosse en l’air ne se révoltent pas contre l’armée, ils refusent d’obéir car ils ne veulent pas tirer sur leurs parents, leur unité est issue de la région. La chanson est composée en 1907, à l’époque où le terme apparaît.




Après la Grande Guerre et ses hécatombes, le Front populaire apporte une caution politique au courant antimilitariste. Il sait utiliser la chanson pour diffuser l’idée comme avec Giroflé-girofla (1935). Il sait aussi récupérer le répertoire des poilus pour faire d’une de leur compositions, la Chanson de Lorette, un titre emblématique de leur répertoire, la Chanson de Craonne, jamais chanté par les mutins de 1917, ICI



Le répertoire prend de l’ampleur après la 2e GM avec Yves Montand et Quand un soldat (Francis Lemarque, 1952). Cette chanson répond aux premiers enregistrements de chants légionnaires (1950) et ouvre un véritable dialogue dans l’opinion publique entretenu au cours des décennies suivantes. La révolution technologique opérée par le disque (78 tours puis microsillon) participe d’une démocratisation de l’écoute de la musique qui permet la diffusion de ces nouvelles chansons, généralement interdites d’antenne. 


Ces échanges, entre le dernier répertoire de chansons de métier d’un côté, quelques chansonniers (Montand, Vian, Brassens, Ferré, Le Forestier, …) et le courant folk des années 1970-80 de l’autre, rendent compte d’une profonde fracture dans l’opinion publique. Les chansons contribuent à regrouper les communautés qui s’identifient à leurs paroles. Jdanov, ministre de la Culture de Staline avait bien compris l’intérêt d’utiliser les artistes pour relayer son programme politique. Directement visés, les soldats répondent aussi par des chansons entretenant une sorte de débat dont on entend encore parfois les échos. En effet, il faut intégrer dans ces échanges les polémiques sur l’interprétation et les paroles de la Marseillaise, pour leur contestation de l’hymne national qui est à l’origine le Chant de guerre pour l’armée du Rhin.

mercredi 22 août 2018

Principes pour les tambours d’Antoine Caro, 1756.

Antoine Caro est un illustre inconnu. Né à Paris en 1714, il sert comme tambour à la Première compagnie des Mousquetaires du roi de 1731 à 1763.
En 1756 et sur ordre du roi, il compose les nouvelles batteries des mousquetaires aux Invalides.
Alors que l’Instruction pour les tambours de Bombelles avait été enseignée à tous les tambours-majors en 1754 pour normaliser les batteries en usage, le roi autorise les mousquetaires à adopter des batteries d’ordonnance différentes. De fait, les mousquetaires sont des dragons et combattent aussi bien à cheval qu’à pied et les régiments suisses avaient conservé leurs batteries, mais pas les régiments allemands. Ce privilège accordé aux mousquetaires illustre la puissance des traditions dans l’armée royale. Toutefois, ces batteries sont la seule exception connue.
Tombée dans l‘oubli, cette partition montre la richesse du répertoire des mousquetaires. Nous en avons un aperçu dans le recueil de Philidor qui donne déjà la Marche des mousquetaires en 1705. A l’époque, une “Marche” est l’ensemble des batteries de l’ordonnance (La retraite, L’assemblée, …). Nous en avons une autre illustration dans la célèbre Marche tactique du chevalier de Lirou composée en 1767 et qui est bien une marche de défilé. Outre de faire partie de l’élite de l’armée royale, les mousquetaires se distinguent par le nombre de leurs compositions musicales (Marche des mousquetaires noirs, Marche pour le défilé des mousquetaires, Marche des mousquetaires du roi, Marche des mousquetaires, …).
La composition de Caro s’inscrit dans ce répertoire militaire particulier qui veut mettre en évidence les compétences et les spécificités de ce corps d’élite. On note la similitude avec l’Instruction pour les tambours de Bombelles, antérieure de deux ans. La partition de Caro n'est pas aussi élaborée que celle de Bombelles qui est destinée à toute l’armée, elle n’est pas imprimée et ne donne pas les détails d’exécution que l’on trouve en 1754. Elle montre néanmoins le haut niveau de compétence musicale et militaire auquel prétendent les mousquetaires et vaudra à Caro une gratification et une pension du roi.
Pour la première fois, ce manuscrit est exhumé, réinterprété et enregistré par Axel Chagnon, tambour-major-adjoint à la Gendarmerie mobile. Ce travail de restauration novateur donne un aperçu de la richesse et de la complexité de la céleustique dans l’armée royale.
Partitions et enregistrements sont en ligne ICI.


vendredi 13 juillet 2018

Techno à l’Elysée, Hellfest… Quelle identité musicale ?

La musique rend compte de l’état des liens unissant les communautés. Elle est aussi devenue un outil de conditionnement d’autant plus pernicieux que ceux qui le subissent n’ont généralement pas conscience de ses modes d’action ni de sa puissance. Que Pigasse rachète le festival Rock en Seine en 2017 ne relève pas du mécénat ni de la philantropie : « C’est aussi un projet politique : nous utilisons l’éducation et la culture pour changer le monde ».


On croit généralement que la musique relève de choix personnels sans considérer que l’on ne fait que choisir dans l’offre qui est présentée, suggérée, et surtout imposée. La démarche relève du plaisir et ne semble pas porter à conséquence : ses implications politiques entrent rarement en ligne de compte. Traduisant cette attitude, les politiques défenseurs de l’identité nationale n’interviennent pas dans ce qu’ils considèrent relever exclusivement de choix privés. Inutile de créer des clivages dans un domaine où l’offre morcèle les communautés sans fournir de réponse simple. Le terrain culturel musical a donc été littéralement abandonné par les nationaux au profit de l’Etat et d’intérêts financiers. Si le réflexe identitaire fonctionne encore un peu dans l’alimentation et le vêtement, il a totalement déserté le terrain musical. La musique commerciale a envahi l’espace public et privé. Pas de lieu public, transport, zone commerciale sans musique mondialisée : les troupes d’occupation culturelle règnent sans partage. Les plus ardents militants pour la défense de l’identité française et européenne ont adopté ces musiques sans y déceler la moindre contradiction avec leur engagement. Dans le domaine musical, on consomme joyeusement sans aucun discernement. La jouissance d’abord !




Le plaisir musical d’abord !

La musique est un outil de séduction, c’est elle qui rassemble, qui entretient les liens collectifs. Laisser croire que des choix personnels n’auraient pas de conséquence collective en matière musicale relève de la mystification. La civilisation européenne dispose pourtant de la plus longue mémoire musicale vivante de l’histoire de l’humanité. L’assertion pourrait être discutée, mais pas en ce qui concerne la mémoire écrite. En effet, elle est la seule à avoir conçu une écriture musicale permettant l’existence de l’orchestre où les musiciens suivent la mélodie composée pour chaque instrument. Dans les autres cultures tous les musiciens improvisent sur le thème indiqué par le meneur, un peu comme dans les orchestres de jazz. Cette particularité unique de la musique européenne participe de son pouvoir de séduction planétaire. Elle fascine les plus anciennes civilisations. Ainsi le plus grand nombre de master class d’instruments classiques se situe dans les pays asiatiques. Ces notions sont portant ignorées de ceux qui s’attachent à défendre l’identité de la civilisation européenne.




Quelle musique d’Etat ?

La promotion de la musique techno dans le palais de l’Elysée s’inscrit donc dans ces opérations de subversion de notre identité musicale nationale. Non pas que l’on ne puisse écouter ces musiques, mais l’Elysée est le siège du pouvoir exécutif. De tout temps l’autorité politique a utilisé la musique comme modèle et outil de rayonnement culturel, même si le terme de “soft power” n’est que d’introduction récente. Plus spécialement, le pouvoir dispose d’orchestres dédiés à cette expression musicale officielle et aptes à jouer la plupart des styles musicaux. Composées d’excellents musiciens, dont de nombreux prix du Conservatoire, ces formations officielles sont intégrées actuellement à la Garde républicaine et comptent un orchestre symphonique, une musique d’harmonie, le Chœur de l’armée française et une fanfare de cavalerie. Les trompes de chasse, la batterie napoléonienne et d’autres formations comme orchestres à cordes ou groupe de rock peuvent couvrir d’autres genres musicaux suivant les besoins. Ainsi l’habituel dénigrement des musiques militaires cache en réalité un mépris pour l’expression de l’identité musicale nationale incarnée par ces orchestres. Ce mépris est confirmé par le récent choix du chef de l’Etat lors de la fête de la musique. En effet, depuis des siècles, ces orchestres jouent un rôle à la fois diplomatique et culturel. Signe de l’importance de leur mission, ils sont administrés par l’armée et font partie de la garde, actuellement républicaine mais qui fut aussi impériale et royale, entre autres. Leur substituer d’autres “artistes” dans les bâtiments où siège l’autorité de l’Etat est le signe d’une volonté officielle d’accélérer le remplacement des repères culturels musicaux spécifiques de notre identité nationale. Le débat ne peut pas se situer uniquement sur le modèle de substitution, mais bien sur celui qui est éliminé et devrait être défendu. Toutefois comment défendre ce que l’on ne connaît pas, ce qui n’a pas été identifié, ce dont on n’a même plus conscience ?

La question dépasse la critique du comportement ou de la tenue des “artistes” invités puisque même les catholiques héritiers de la plus ancienne mémoire musicale de notre civilisation ne peuvent plus contester le choix élyséen : dans leurs grandes manifestations de défense de la famille, comme à la Marche pour la Vie de janvier dernier, ils ont adopté le même style musical, et donc déjà signifié par là leur allégeance culturelle.



Le Hellfest attaque l’orthodoxie

La même erreur d’appréciation est commise dans une autre sensibilité de la dissidence quand on observe qu’un site pourtant à l’avant-garde de la réinformation comme Breizh-Info fait l’éloge du Hellfest. Il peut y avoir du très bon rock metal dissident, là n’est pas la question, mais ce n’est pas parce que ce festival regroupe des Blancs avec parfois des groupes aux références identitaires très marquées qu’il faut se laisser abuser. A l’heure où le chant du muezzin commence à se faire entendre en France, ceux qui veulent défendre son identité séculaire ne résisteront pas en utilisant le metal comme musique alternative. Cette année encore l’entrée était gratuite pour les moins de 12 ans, bientôt une scène metal pour les enfants et le conditionnement musical au berceau ? Par ailleurs, avec 81 % d’hommes blancs dépensant en moyenne 500 €, on est plus dans l’ethnique genré que dans le festival populaire.

Pour l’édition 2018 côté prestations, on pourrait discuter des paroles Kop Killer du groupe Body Count si cette thématique recuite ne relevait plus que du clip de rap en mal d’inspiration. Le groupe Watain a renouvelé son rituel démoniaque déjà interprété en 2016 et hurlé ses blasphèmes et sa haine de la religion. Déjà présent lors de précédentes éditions, le groupe suédois Therion se revendique de la secte du Dragon rouge, pratiquant la magie noire. Mais qui sait encore ce dont il s’agit ?

L’originalité venait d’ailleurs, les organisateurs ont été chercher Batushka, un groupe polonais qui chante en russe et s’attaque spécialement à la religion orthodoxe, mêlant chant liturgique, black metal et messe noire. S’en prendre à la religion catholique n’était plus suffisant, il faut maintenant qu’ils s’attaquent à l’autre racine spirituelle de la civilisation européenne, alors qu’elle renait en Russie après 70 ans de persécution communiste. Comme on peut le constater et contrairement à ce que l’on essaie de nous faire croire, il ne s’agit pas de clichés anodins, mais bien d’un conditionnement par la musique dans un but politique.

Le renouveau de l’occultisme mis en évidence par la remarquable étude du Père Golfier [1] montre les liens avec l’explosion des profanations de cimetières comme des suicides de jeunes satanistes, celle des voyants (10 fois plus que de prêtres ou de psychiatres), celle des films, livres ou séries TV. On ne veut plus croire au démon, mais la jeunesse joue à se faire peur avec lui. Il ne sert à rien de dénoncer les peuples qui ont perdu leur ancienne mémoire si l’on oublie les enseignements venus du fond des âges. Les Romains mettaient déjà en garde contre des formules maléfiques mésopotamiennes et égyptiennes, les “onomata barbarika” réintroduites en Europe par l’occultiste John Dee à l’époque élisabéthaine. Ces mêmes formules reprises par Crowley et LaVey qui inspirent les paroliers de certaines chansons de rock [2]. La parole est l’expression de la croyance, en religion comme dans la formule encore en usage dans les tribunaux. Peu importe ce que croit véritablement celui qui exprime oralement une foi. Cette simple expression déclenche des mécanismes psychiques liés au rôle du son, que l’émetteur comprenne la signification des paroles ou pas, et il suffit d’avoir déjà chanté à plusieurs pour apprécier ce qui est en œuvre.



Le combat pour l’identité musicale

Si les profanations de cimetières peuvent s’apparenter à des rites, ce sont aussi et surtout des attaques contre le sacré collectif le plus fondamental, car le culte des morts est indispensable à toute civilisation. Derrière le folklore sataniste de symboles, de postures et de chansons, il y a bien des techniques opérationnelles, leur mise en œuvre conditionne la jeunesse et vise à détruire les derniers repères collectifs de nos sociétés.

Ne considérer que l’aspect musical sous le prétexte que l’on ne croit plus à la foi attaquée revient à nier la réalité de phénomènes psychiques facilités par la musique. De même que vouloir mener la bataille pour l’identité d’un peuple et d’une civilisation, sans avoir défini au préalable l’identité musicale à défendre, conduit inéluctablement au désastre.



[1] Père Golfier, Tactiques du diable et délivrances, Artège, 2018

[2] Père Benoît Domergue, La Musique extrême, un écho surgi des abîmes, François-Xavier de Guibert, 2004.

Source ICI