samedi 31 décembre 2016

Le tambour dans les armées du roi de France (5)

5. Hors des temps : les ordonnances des mousquetaires.


5.1. Des usages particuliers.
Créé en 1622, le corps des mousquetaires appartient à la Maison du roi. Compagnie d’élite et de prestige, elle est composée de gentilshommes qui font la démonstration de leur compétence et de leur fidélité avant de prendre un commandement. Ces deux compagnies de soldats à la fois fantassins et cavaliers, utilisent les signaux des deux armes exécutés au tambour ou à la trompette. Leur statut particulier leur permet de bénéficier d’un répertoire céleustique et musical spécial. La première marche des mousquetaires est composée par Lully en 1658[1]. Philidor, ancien hautbois des mousquetaires, rapporte qu’en 1663 « A la Creation du Regiment du Roy lon battoit la marche françoise, mais les officiers dud. regiment ayant eté tirez des mousquetaires demanderent au Roy que les tambours battent la marche des mousquetaires, ce qui leur fut accordé puis ils ont battu la marche cydessus de Mr de Luly Et ensuite ont reprise la marche des mousquetaires qui subsiste encore présentement »[2]. Le manuscrit de Philidor mentionne aussi que Lully compose à Saint-Germain en Laye en 1670, une batterie pour les mousquetaires à la demande du roi et que la batterie de la Descente des armes a été composée en 1679 par Philidor l’ainé, par ordre du roi, pour la compagnie des mousquetaires. D’autres musiciens composèrent des marches pour les mousquetaires (Pollet, J-J Rousseau…). Ces soldats publient aussi leurs propres compositions.

5.2. La Marche tactique du chevalier de Lirou (1767).
En 1767, le chevalier de Lirou, mousquetaire à la 2e compagnie compose la Marche tactique (pour hautbois, clarinettes, cors et bassons) qui est créée lors d’une revue dans la plaine des Sablons la même année. On reconnaît dans la partition de tambour la batterie de la Marche (1754) aussi appelée Aux champs.
Cette marche s’inscrit dans les préoccupations du temps qui voulaient parfaitement ordonnancer les mouvements des troupes, ainsi son compositeur précise que :
« Elle est composée sur la mesure du pas cadencé et peut servir en même temps au pas emboîté, au pas de route et au pas redoublé en accélérant plus ou moins le mouvement.
Elle contient trente mesures ce qui fait en tout avec les deux reprises cent vingt pas ou soixante toises, mesure ordinaire du carré des manœuvres d’un bataillon. »
L’objectif tactique de cette marche magnifique est depuis longtemps oublié, injustement puisqu’il s’agit d’un étonnant exercice de virtuosité céleustique qui est aussi d’une grande qualité musicale puisque c’est certainement la marche militaire française la plus connue du XVIIIe siècle.
Vers la même époque, car elle est aussi dédiée à M. le comte de Montboissier, est composée une Nouvel’ordonnance de la 2e compagnie des mousquetaires du roi[3] par Lemarchand et St Suire, tous deux hautbois à la compagnie. Il s’agit d’une sorte d’exercice musical avec des paroles et les partitions pour hautbois, clarinettes, cors et basson, aujourd’hui complètement oublié.

5.3. Principes pour les tambours des mousquetaires du Sieur Caro, 1756[4].
Antoine Caro[5], premier tambour à la première compagnie des mousquetaires du roi compose une partition de l’ordonnance pour les mousquetaires en 1756, soit un an après l’entrée en vigueur de la nouvelle ordonnance censée supprimer toutes les batteries particulières. Par rapport à l’ordonnance de Bombelles, il manque la Fascine ou Breloque, mais sont donnés Le Pas redoublé et la Diane. La générale est identique à la partition de Philidor, confirmation de l’importance de cette batterie.


Conclusion
Les guerres de la Révolution et de l’Empire n’affecteront pas le répertoire des tambours, si ce n’est qu’une baisse de la qualité des instrumentistes due aux pertes amènera en 1811 le commandement à créer des écoles pour réapprendre à battre correctement l’ordonnance, mais aucune partition de cette époque ne nous est parvenue.
Il a fallu deux siècles (1534 – 1756) pour normaliser un répertoire de céleustique qui a d’abord fonctionné suivant les usages et a continué à le faire malgré le règlement et aussi du fait de son mode de transmission à l’imitation. Certaines de ces batteries sont toujours exécutées de nos jours, quasiment inchangées depuis des siècles malgré les aléas de la fortune des armes, les changements de régime politique et de mode musicale, marquant les contours d’une identité sonore française, militaire et civile, qui mériterait d’être mieux connue et même réhabilitée, et dont je n’ai donné ici qu’un faible aperçu. 



[1] Benoît, Marcelle, Dictionnaire de la musique en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, librairie Arthème Fayard, 1992, p. 417.
[2] Philidor, Marches et batteries…, p. 36.
[3] Archives du Duc de Guise, bibliothèque du musée de l’armée.
[4] BnF Rés. Vmb. ms 26
[5] Caro, Antoine (Paris, 1714 – …), tambour aux mousquetaires de 1731 à 1763.

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