lundi 17 avril 2017

Céleustique : définition

Céleustique : la céleustique étudie les signaux sonores utilisés dans les armées pour transmettre les ordres. Cette définition figure dans le Dictionnaire de l’armée de terre et recherches historiques sur l’art et les usages militaires des anciens et modernes, général Bardin, Paris, Perrotin, 1851, tome 8, page 707. 
Sur les navires de l’antiquité, le céleuste était chargé de transmettre les commandements par le sifflet. Depuis la transmission des ordres par la radio, les musiques d’ordonnance ont perdu leur rôle principal. Elles sont encore utilisées dans le cérémonial militaire et parfois pour entretenir les tradition certaines unités maintiennent l’usage des sonneries de quartier.

La céleustique – le général Bardin le déplorait déjà au milieu du XIXe siècle –, est un domaine en déshérence du patrimoine militaire. Cette chronique a pour objectif d’en relancer l'étude et même la pratique. Elle s’ouvre donc par la présentation du principal instrument d’ordonnance dans l’infanterie : le clairon.
Le clairon traditionnel français en si bémol est un instrument conçu par le facteur d’instruments Antoine Courtois en 1822 sur le modèle du bugle anglais. Il s’agit d’un instrument naturel, il ne possède aucun mécanisme et les sons qu’il produit ne sont que les harmoniques naturelles de la fondamentale en si bémol. Sous l’Empire, les tirailleurs utilisaient déjà des cornets pour transmettre les ordres. Le clairon en est une amélioration.
Il vise à remplacer le tambour comme principal instrument d’ordonnance. Le rôle principal des instrumentistes d’ordonnance est de transmettre les ordres. Dans l’infanterie, les instrumentistes d’ordonnance sont les tambours. Dans la cavalerie, ce sont les trompettes.
Ces instrumentistes sont soldés comme les autres militaires, alors que les musiciens d'harmonie sont soit soldés, soit des gagistes. Le tambour est le principal instrument d’ordonnance depuis François Ier. C’est Pierre Melchior, chef de musique de la Garde royale sous Louis-Philippe, qui compose 26 sonneries pour ce nouvel instrument en s’inspirant des batteries de tambour alors en usage. Elles sont officiellement adoptées et publiées par l’ordonnance du 4 mars 1831. La plupart de ces sonneries sont toujours en vigueur dans l’armée française.
Les ordonnances, règlements et instructions ultérieurs ne feront que supprimer ou ajouter des sonneries. Sans qu’une nomenclature ait été établie, le général Bardin déplorait la confusion qui régnait dans les dénominations des musiques d’ordonnance, on distingue trois types de sonneries : les sonneries de quartier, les sonneries de manœuvre et les sonneries de cérémonie. Les sonneries qui figurent dans les textes officiels ne donnent qu’un aperçu limité du répertoire réellement en usage. En effet, le règlement ne fait bien souvent qu’entériner une pratique déjà en vigueur. Ainsi les sonneries régimentaires n’ont-elles jamais fait l’objet d’une réglementation, sauf pour les chasseurs.
Pourtant elles étaient indispensables. Comment déterminer en manœuvre ou en campagne à qui est destiné l’ordre s’il n’est pas distingué par le refrain régimentaire ? La première publication des refrains régimentaires et faite dans l’Almanach du drapeau en 1907. Mais pour des raisons de bienséance, les paroles sur lesquelles sont sonnés ces refrains sont expurgées de leurs paroles grivoises. Les musiciens d’ordonnance, les clairons en l’occurrence, apprennent les sonneries à l'imitation car, bien souvent, ils ne lisent pas la musique. Pour retenir ces mélodies, ils accolent des paroles à la musique.
Ces paroles muettes, car elles ne sont pas destinées à être chantées sont bien souvent grivoises. Le même procédé mnémotechnique est utilisé par les sonneurs de trompes de chasse. 
La consultation des méthodes de clairon, ainsi que celles des autres instruments d’ordonnance, permet de découvrir de nombreuses autres sonneries ne figurant pas dans les règlements. On y trouve notamment : Rencontre de troupe ou passage devant un poste, Cri de détresse, Couchez-vous, Levez-vous, Formez les faisceaux, Rompez les faisceaux, Sac à terre, Sac au dos, Reconnaissance de troupes infanterie, Reconnaissance de troupes cavalerie, Cri d’alarme au feu, En tirailleurs, Le Rappel aux clairons, Changement de direction à droite, Changement de direction à gauche, Ralliement par escouade, Ralliement par demi section, Ralliement par section, Ralliement sur les centres, Ralliement sur les bataillons, Ralliement sur la réserve, Sonnerie des grosses carabines, Déployer en tirailleurs, Refrains des diverses compagnies par bataillon (10 compagnies), L’école du premier degré, L’école du deuxième degré, Le cours du troisième degré, Le cours de chant, Aux sous-officiers punis

Cette énumération donne un aperçu de l’ampleur du répertoire. On peut considérer que la période entre 1870 et 1914 constitue véritablement le chant du cygne de la céleustique. La guerre de 14 avec les tranchées et la mise en service du téléphone de campagne va sonner le glas des sonneries d’ordonnance. Toutefois, la célèbre sonnerie Aux morts est composée après la guerre et
interprétée pour la première fois le 14 juillet 1931 sous l'Arc de Triomphe, montrant que la céleustique est indispensable au cérémonial.

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