mercredi 1 juin 2016

La chanson au combat (1978)

La chanson de soldat a-t-elle encore une utilité pratique pour le combat ? Si elle est utilisée pour les prises d'armes et les activités de cohésion, monter à l'assaut en chantant semble être relégué au musée des souvenirs avec la charge au tambour.
Le témoignage qui suit montre qu'il faut se méfier des jugements hâtifs et que si la technologie est indispensable pour assurer la supériorité sur l'ennemi, les armes sont servies par des hommes qui fonctionnent de la même façon depuis l'aube des temps. Face à la mort et à leurs peurs, la chanson reste un outil efficace, irremplaçable.
En 1978, la France est engagée au Tchad dans l'opération Tacaud contre les rebelles armés par la Lybie. Dans les combats pour la reprise d'Ati, le chant est utilisé pendant l'assaut. Le témoignage qui suit est tiré du livre d'Yves Cadiou, Opex Tacaud, disponible en ligne ICI.
« Jaune 1 parvient à nettoyer la résistance, le sergent Frangeul et le caporal Raventhal  sont blessés. La compagnie s’aligne face à la ville, dans la dernière ligne de végétation. Une bande de sable de 150 mètres sépare les Chats Maigres de l’objectif.
Il est 15 heures 30. « On y va ».
La compagnie monte à l’assaut, entonnant le Gars Pierre, au coude à coude, les yeux fixés sur la murette qui marque l’entrée de la ville. La murette grossit toujours. Le caporal Lenepveu tombe,
frappé d’une balle dans la tête. L’assaut continue. L’ennemi se replie. Dans le village les combats continuent, la compagnie progresse pied à pied. En fin de combat, la section Mioulet est à nouveau éprouvée : le caporal-chef Janone, le caporal Huc, les marsouins Laurent et Munoz sont blessés. Chez Jaune 3, Delevalle est grièvement blessé.
Au bilan final, l’ennemi laisse 80 tués, 7 véhicules détruits, 2 bitubes de 14.5 millimètres, un canon de 75 SR, un mortier de 120 , un mortier de 81, 6 mitrailleuses, 2 lance-roquettes RPG7 et 70 kalachnikov AK 47. »

Manifestement, la 3e compagnie du 3e RIMa avait adopté le Gars Pierre comme chant compagnie pour le reprendre dans ces circonstances, quasiment en acte réflexe. La chanson est bien connue dans l'armée et fait partie du répertoire courant du régiment puisqu'on la retrouve enregistrée sur le 30 cm, Bivouac et tradition, enregistré par la chorale régimentaire en 1980. Elle a été composée en 1947 pour les Compagnons de la chanson par le compositeur et arrangeur André Grassi sous le titre La Marie. A l'origine, rien d'une chanson destinée à la troupe, mais elle rentre rapidement dans le répertoire Légion (Souvenirs du 5e REI, 30 cm, 1956) et est publié par le Cne Lamaze dans Chants, chansons et chœurs de l'armée française aux éditions Chiron en 1961. Elle est bien diffusée dans l'armée puisqu'on la retrouve enregistrée par les promotion d'élèves officiers, les corniches, les paras et largement publiée dans les recueils de chants. Rien d'étonnant à ce qu'elle se retrouve au 3e RIMa. Pourtant c'est loin d'être un chant de combat. Elle évoque une fille que le soldat délaisse à son retour et qui se noie de désespoir.
Ce n'est pas non plus un chant spécifique aux troupes de marine puisqu'on le retrouve dans toute l'armée. Il n'empêche qu'il a été sélectionné par cette compagnie du 3e RIMa qui l'utilise pour maintenir sa cohésion pendant un assaut, retrouvant l'usage ancestral du chant chez tous les guerriers.
L'enregistrement est celui de la promotion de l'EMIA Capitaine Broche (1980), on est dans la période.



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